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Miséri-quoi ?

Publié le 14 Déc 2015 à 08:05 Foi 2 commentaires

Miséricorde… Le mot n’est pas très habituel. Revue de détail en cette année sainte extraordinaire souhaitée par le pape François. Depuis ce 8 décembre en effet, les catholiques du monde entier sont invités à une véritable cure de compassion et de pardon.

Vous n’avez pas (encore) lu Misericordiae vultus, la « bulle d’indiction » du pape ouvrant le jubilé de la miséricorde ? Vous pensez que la miséricorde est une nouvelle tentative pour remplir les confessionnaux ? Vous n’avez vu que la (bonne) vidéo de France Info sur cette année sainte et vous voulez aller plus loin ? C’est parti pour un 4, 3, 2 , 1.

4 piliers

L’Eglise souhaite que nous nous mettions à la suite de personnages célèbres : Zachée et saint Matthieu d’anciens voleurs, sainte Marie-Madeleine la femme facile du village, saint Pierre le traître, le bon larron meurtrier repenti, … Bref, des figures qui ont toutes été libérées par le regard d’amour du Seigneur. Ce regard de miséricorde s’appuie sur quatre piliers essentiels :

– la bonté, qui n’est pas juste la gentillesse ou la tolérance mais un regard positif, respectueux et vrai sur l’autre. Cela consiste à voir mon prochain, y compris celui qui me persécute, me fatigue ou m’énerve, comme Dieu lui-même le voit. Vaste programme ! Une attitude qui sonne le glas des préjugés ou des affirmations péremptoires et courtes. L’homme voit les apparences, mais seul Dieu « sonde les reins et les cœurs ». Traquer le positif en tous et en tout est parfois un vrai combat. Et une belle victoire si nous y parvenons !

– la compassion, auprès des malades, des démunis, des pauvres, des exclus… bref, tous ceux qui, proches ou lointains, nous demandent une authentique solidarité de cœur. Cum-patere, « souffrir avec » nous dit l’étymologie latine. Avec la compassion, j’oublie ce « moi » qui tente sans cesse de s’affirmer : bye bye l’égoïsme, bonjour l’altruisme !

– le pardon, qui n’est ni l’indulgence et encore moins l’oubli. On se souvient de cette boutade d’un humoriste français : « j’ai pardonné à tous ceux qui m’ont fait du mal mais… j’ai la liste ! ». Il est vrai qu’il y a des choses qu’on ne peut pas oublier. Elles restent à jamais gravées dans notre mémoire, parfois même dans notre chair. En ce sens, pardonner, ce n’est pas oublier : c’est décider de ne pas tenir compte du mal qu’on m’a fait. C’est un acte de volonté et pas un sentiment.

– la réconciliation enfin. Nous sommes tous pécheurs et cet état de fait produit en nous des attitudes très diverses. Il y a d’abord ceux qui s’y résignent et ne se confessent plus. Pauvres chrétiens qui n’expérimentent plus jamais l’étreinte du Père à l’enfant prodigue ! Il y a également ceux qui prétendent recevoir le pardon directement, en priant le Seigneur. En réalité, c’est s’absoudre soi-même et se justifier en se fiant aux pieuses pensées de son coeur. Bien sûr, il est toujours bon de prendre conscience de l’amour de Dieu. C’est même un bon point de départ. Mais en rester là, c’est passer à côté de l’essentiel : la rencontre bouleversante de l’aujourd’hui de la miséricorde et du péché. Car le péché est toujours un scandale. Qu’il soit véniel ou mortel (si si… la distinction existe toujours dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, même si on emploie plus souvent l’expression « péché véniel » et « péché grave »). Le sacrement de confession est un lieu de vérité, de réalisme et de liberté. Mettre des mots sur ce qui ne va pas, c’est se libérer des gestes, des paroles et des pensées qui ont détruit une relation d’amour.

3 amours

Il faut noter que le pape n’a pas ouvert une année du pardon ; ça, c’est tous les jours ! L’année de la miséricorde est autre chose : un temps privilégié pour répandre dans ce monde la civilisation de l’amour. Ubi Caritas, Deus ibi est / Là où est l’amour, Dieu est présent. Or, la miséricorde est un acte de personne à personne qui affecte trois relations, trois types d’amour : l’amour entre Dieu et moi, l’amour entre les autres et moi, l’amour entre moi et moi-même.

Du coup, cette année sainte pourrait devenir pour tous une occasion de changer de regard et d’attitude. En clair, un temps de conversion. Où en suis-je de mes trois amours ? Celui de Dieu, des autres et de moi-même ? On voit qu’on n’est plus vraiment ici dans une liste de défauts ou d’impressions, mais bien de faits à regretter et de défis à relever. Une attitude qui peut nous préparer à vivre une miséricorde authentique !

2 événements

Tout au long de cette année sainte, le pape a proposé que chaque diocèse s’associe à la démarche traditionnelle de la porte sainte. A Saint-Pierre de Rome, au Vatican, une porte a été spécialement ouverte afin que chaque pèlerin qui la franchit puisse manifester son désir de recevoir et vivre la miséricorde. Mais tout le monde ne peut aller à Rome, même si tous les chemins y mènent ! Du coup, une porte sainte a été ouverte dans chaque diocèse. Pour les malades et les prisonniers, le Saint-Père a même prévu que la porte de leur cellule ou de leur chambre devienne une porte sainte ! k16_fra_rgb_WWW

Bonus pour les jeunes du monde entier : les JMJ constitueront un temps privilégié. Après Rio en 2013, la jeunesse du monde a en effet rendez-vous à Cracovie en Pologne, en juillet 2016. On pense que les Français constitueront la première délégation étrangère, au coude-à-coude avec les Italiens. Le thème de ces JMJ est bien sûr en phase avec l’année jubilaire : « heureux les miséricordieux ».

1 jubilé… pour que la miséricorde coule à flots !

Bref, vous l’avez compris : la miséricorde, c’est… une corde tendue à la misère ! La mienne, la vôtre, celle qui permet à Dieu de venir nous prendre par la main et de nous relever. Bon jubilé à tous !

 

À propos de l'auteur :

Abbé Amar

Abbé Amar

45 ans. Diocèse de Versailles. Licencié en droit et en théologie. Auteur de spectacles pour les familles (www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) et de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016). De 2013 à 2018, il anime l'émission "un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).