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Noël après le 13 novembre

Publié le 18 Déc 2015 à 16:43 Foi Aucun commentaire

Les chrétiens se préparent à fêter la naissance du Christ. Comme chaque année, les églises seront pleines. Ce soir de Noël, en effet, beaucoup de Français aiment venir à cette messe si particulière au cœur de la nuit, même s’ils ne sont plus des pratiquants habituels.

Il y a une part de nostalgie, sans doute : devant la crèche, chacun retrouve un peu de son cœur d’enfant. Il y a aussi l’attachement à une tradition et à un héritage spirituel : Noël ne serait pas vraiment Noël si on réduisait cette fête aux cadeaux, au foie gras ou aux huîtres… Même les moins pratiquants, et peut-être même les moins croyants, pressentent la dimension spirituelle de cette nuit-là. C’est toujours émouvant pour un prêtre de voir les familles se rassembler dans l’église, toutes générations confondues et, le temps d’une messe, faire la paix, penser à ce qui les unit, prier les uns pour les autres. Ce soir-là, les visages sont beaux car les cœurs sont ouverts. Il y a enfin un besoin d’espérance. La vie est dure pour beaucoup. Les épreuves ne manquent pas dans nos familles. Les temps sont troublés. L’église devient alors un refuge et le clocher un phare. On vient y chercher un peu d’espérance. On veut croire que la naissance de cet enfant, il y a 2000 ans, a changé quelque chose. Il n’a pas pu venir pour rien. On se dit que si son message était davantage connu et suivi, le monde irait mieux. On pense à nos défunts, on espère qu’ils sont avec lui. On se sent un peu plus proche d’eux. Comme si cet enfant nous réunissait par-delà la douleur de la séparation. On espère que Dieu veille sur ce monde, sur nos familles, sur notre pays… le mal ne sera pas victorieux. C’est l’Amour qui aura le dernier mot. Cet enfant est venu pour cela. C’est le Prince de la Paix.

Tout cela sera encore vrai cette année. Mais sans doute encore plus vrai cette année. Nous l’avons remarqué dans certaines églises : à la suite des attentats du 13 novembre, beaucoup ont eu le réflexe de revenir. Les grands du pays se sont pressés à Notre-Dame de Paris. C’est dans les églises qu’on a prié pour les victimes et qu’on a rendu un dernier hommage pour beaucoup d’entre elles. Dans les temps troublés qui sont les nôtres, l’église retrouve ce rôle de refuge et de soutien. On redécouvre l’Eglise comme une mère attentive, pleine de compassion pour ce monde si blessé. Sa force, sa stabilité, sa liberté de parole, sa bienveillance inconditionnelle qui la rend ouverte à tous, rassurent et encouragent. Dans un pays comme la France qui veut se réapproprier son identité, qui cherche ce qui peut le rassembler, l’Eglise a évidemment un rôle à jouer. Elle a l’expérience des drames surmontés ensemble. Elle sait la soif spirituelle au fond du cœur de chacun. Elle ne défend pas ses intérêts particuliers mais se met au service du bien commun. Son message de vérité se moque des modes de pensée. Elle sait concilier la lucidité sur les blessures de ce monde, sur le mal qui le défigure, avec un regard d’espérance auquel elle ne renonce jamais. Elle est capable d’alerter, d’interpeller, sans jamais cesser d’encourager et de consoler.

Les tentatives de certains pour la renvoyer dans ses sacristies, pour effacer de l’espace public tout rappel de sa présence, pour nier l’héritage et les racines chrétiennes de notre pays, en sont d’autant plus grotesques et pathétiques. Les laïcards pensent simplement faire du mal à l’Eglise ? Ils font en fait du mal à la France. Car c’est bien notre pays qui sera plus fragile si on le coupe de ses racines. L’Eglise n’a pas besoin de crèches de Noël visibles pour survivre, elle. Elle a 2000 ans derrière elle, et l’éternité devant ! Mais c’est bien la France qui a besoin de signes, de gestes, de paroles fortes pour se rappeler ce qu’elle est. C’est ce qu’elle est, dans toute la richesse de son histoire et la diversité de sa culture, que les barbares de l’Etat islamique ont visé. C’est en se réappropriant cette histoire, cette culture, cet héritage spirituel que la France se redressera, sera forte et se rassemblera. C’est aussi pour cela qu’on priera ce soir de Noël dans nos églises de France. Pour que d’un mal sorte un plus grand bien. Pour que ceux que tant de familles pleurent encore ne soient pas morts pour rien. Pour que l’espérance qui nous anime – loin de nous désengager de ce monde et du relèvement de la France – fortifie notre résolution à servir avec tout ce que nous sommes ce pays que nous aimons.

Tribune publiée pour « Valeurs Actuelles« .

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À propos de l'auteur :

Abbé Grosjean

39 ans. Diocèse de Versailles. Ordonné prêtre en 2004. Curé de la paroisse de Saint-Cyr-l’École. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014) et "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016).