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Coresponsables

Publié le 15 Oct 2021 à 07:54 Église Aucun commentaire

Dans la perspective de l’Assemblée générale du Synode des évêques sur la synodalité qui se déroulera en octobre 2023, une première phase de préparation a été ouverte par le pape François dimanche dernier à Rome et se poursuivra ce week-end dans les diocèses du monde entier. L’objectif de cette phase est de consulter le peuple de Dieu appelé ces prochains mois à répondre à un questionnaire sur différents enjeux de la vie de l’Église.

Cela fait plusieurs années que nous collectionnons les synodes, tant à Rome que dans les diocèses français, pour des résultats assez mitigés. En s’engageant à nouveau dans un processus synodal, les catholiques vont-ils encore brasser du vent et de belles idées, sans que rien de concret n’en ressorte ? Le risque existe effectivement, mais il semblerait pourtant que les temps changent et que l’Église soit plus mûre aujourd’hui pour une telle démarche.

Mûrs pour la synodalité

En ces jours où la responsabilité de l’Église est gravement mise en cause suite à la publication du rapport de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), nous faisons la douloureuse expérience que l’Église est un corps solidaire. Il y a tout d’abord la souffrance des victimes qui nous bouleverse : « si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1Co 12,26). Nous éprouvons aussi que lorsqu’un membre de l’Église a gravement fait le mal, tout le corps se retrouve éclaboussé par son péché et mis en accusation avec lui. Si nous ne sommes pas responsables des crimes commis, notre responsabilité est tout de même engagée dans la nécessaire réparation du mal commis. Cette coresponsabilité ne se situe pas d’abord sur un plan juridique mais avant tout spirituel. Dans l’Église, nous sommes reliés les uns aux autres, pour le meilleur et pour le pire.

Le processus synodal dans lequel le pape François veut résolument nous entrainer est une manière d’approfondir encore notre appartenance au corps qu’est l’Église et dont chaque baptisé est un membre unique et irremplaçable. Si le pape François exerce parfois l’autorité de façon assez verticale, il nous invite tout de même à voir dans la synodalité un enjeu vital pour l’Église. Car si l’expression est récente, l’idée n’est pas nouvelle pour autant. L’Église est intrinsèquement synodale, au sens où tous les chrétiens, clercs et laïcs, sont coresponsables de la vie et de la mission de l’Église.

Tous concernés par la réforme de l’Église

Aujourd’hui, les appels à la réforme de l’Église se font de plus en plus pressants. N’ayons d’ailleurs pas peur de ce mot « réforme » qui est une autre manière de désigner la Tradition de l’Église. L’Esprit ne cesse de presser l’Église pour qu’elle se convertisse et ne voile pas la lumière du Christ par son péché. L’enjeu de cette réforme permanente est aussi d’actualiser le message de l’Évangile pour qu’il s’incarne toujours mieux en notre temps et notre monde. Comme le résume le saint cardinal Newman qui a particulièrement réfléchi à cette question, « vivre c’est changer ; et être parfait, c’est avoir changé souvent ».

Cet enjeu de la réforme de l’Église concerne l’ensemble des baptisés. « La synodalité commence par l’écoute de tout le peuple de Dieu », rappelle en ce sens le pape François. C’est tout l’enjeu du questionnaire auquel les catholiques du monde entier sont invités à répondre dans ce processus synodal qui se lance. Ce ne sera ni un sondage ni un QCM mais principalement des questions ouvertes auxquelles chacun pourra répondre de façon personnelle. Les réponses devront ensuite être synthétisées par chaque diocèse dans un document de dix pages, ce qui ne sera sans doute pas une mince affaire…

Faire confiance au bon sens des fidèles

Pour entrer dans cette démarche synodale, prenons conscience que les pistes de réforme ne ruisselleront pas de la pyramide ecclésiastique – en top-down comme on dit désormais – mais jailliront au contraire de la vie et des aspirations du peuple chrétien. 

Attention, ne croyons pas pour autant que le but est de transformer l’Église en démocratie libérale ! Le pape rappelle vigoureusement que cette démarche synodale ne constitue en rien « une convention ecclésiale, un colloque d’études ou un congrès politique ». L’Église n’est pas un parlement fonctionnant selon le principe de la majorité, avec les jeux de partis et les rapports de force que cela implique. L’enjeu n’est pas tant que chacun donne son avis, mais que tous écoutent ensemble l’Esprit-Saint en s’écoutant les uns les autres. La synodalité ne cherche pas la majorité ou le compromis mais la volonté de Dieu. C’est tout à fait différent. Pas de synodalité sans foi et sans charité donc.

Cette démarche se fonde sur une réalité chère à la Tradition catholique : le sensus fidei fidelium. Ce sens de la foi des fidèles ne peut se tromper car il est inspiré et soutenu par l’Esprit du Christ. Les évêques et les prêtres ont pour mission de le reconnaître en se mettant à l’écoute du troupeau, et de l’Esprit qui parle à travers lui. 

Que dit l’Esprit à l’Église aujourd’hui ? C’est la question qui est adressée à chacun d’entre nous. Au regard du discrédit qui touche aujourd’hui l’Église, inutile de dire que nos réponses sont attendues, et nos bonnes idées, les bienvenues.

À propos de l'auteur :

Abbé Jean-Baptiste Siboulet

Abbé Jean-Baptiste Siboulet

Diocèse de Nantes, ordonné en 2017, prêtre de la communauté de l’Emmanuel (emmanuel.info). Licencié en droit et en ecclésiologie/œcuménisme. En ministère à la paroisse Sainte-Madeleine de Nantes. Aime le piano, le rugby, l'auto-stop et la rando.