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Des prêtres plus compétents ?

Père Jean-Baptiste Siboulet
01 mars 2022

Une enquête récemment parue dans Famille chrétienne révélait qu’une majorité de catholiques pratiquants ne sont pas satisfaits de la qualité des homélies dominicales : ils les trouvent souvent trop longues, ennuyeuses et peu consistantes. Ce dur constat est aussi à lire comme le signe positif de la grande attente des fidèles vis-à-vis des prêtres, spécialement dans le sermon dominical qui s’avère être pour beaucoup le seul lieu de formation chrétienne.

Parallèlement à ce constat, il n’est pas rare d’entendre des fidèles se plaindre de la gouvernance de leur curé qui ne sait pas conduire une réunion, suivre des projets ou accompagner les paroissiens en service. Les prêtres sont-ils assez compétents pour exercer leur mission ? Auraient-ils besoin d’être mieux formés ? C’est à ces questions que nous nous proposons de réfléchir dans cet article, dans la foulée du symposium qui s’est tenu à Rome sur le sacerdoce.

Des laïcs au soutien des prêtres

Ce constat ne date pas d’aujourd’hui, et il est heureux qu’il ait suscité de belles initiatives dans l’Église en France. Le parcours Pasteurs selon mon cœur a par exemple été suivi par de nombreux prêtres, avec leurs collaborateurs, pour être formés à la gouvernance et au travail en équipe. Même si c’est encore bien timide, des formations à l’homélie ou à la prise de parole en public commencent à être proposées lors des années de séminaire. 

Sur ces sujets, ce sont bien souvent des laïcs qui ont pris les choses en main face aux déficiences du clergé. Les précieuses compétences qu’ils développent dans leur vie professionnelle peuvent effectivement être transmises avec profit à ceux qui exercent des responsabilités pastorales, sans y avoir forcément été formés. « Sept ans d’études pour ça », ricanent certains.

Apprendre sur le terrain avec sa bonne volonté ne peut plus suffire. C’est une impérieuse nécessité que les prêtres fassent l’effort d’une formation permanente, et pas seulement en théologie ! Il y a de moins en moins de prêtres, et pourtant les paroisses n’ont jamais compté autant de propositions pastorales. La charge s’est complexifiée et demande aujourd’hui des compétences particulières. D’autant plus que les laïcs qui veulent s’investir dans la mission de l’Église font grise mine lorsqu’ils voient le peu d’efficacité qui caractérise souvent les actions paroissiales…

Les prêtres ne sont pas des « couteaux-suisses »

Attention toutefois à ne pas se méprendre sur la figure du prêtre. On n’est pas prêtre en raison d’une compétence, mais à cause de l’appel gratuit de Dieu. Bien sûr, à l’ordination, les formateurs attestent que le candidat au sacerdoce a « les aptitudes requises », mais celles-ci sont surtout des dispositions humaines et spirituelles, pas des crédits ECTS validés dans une business school. Lorsqu’une personne vient confier à un prêtre une situation douloureuse, un problème à résoudre, un discernement à opérer, elle ne vient pas chercher une compétence – pour cela, il y a des psychologues, des coachs, des conseillers conjugaux –, elle vient rencontrer un représentant du Christ, qui lui offre son temps, son écoute et sa prière. Le prêtre peut parfois avoir un conseil à donner, mais le cœur de ce qu’il a à offrir, c’est d’être signe de la présence et de la sollicitude de Dieu pour chacun.

Je connais un prêtre qui n’a pas le bac, pour qui les années d’études au séminaire furent un long chemin de croix, et qui a pourtant un don extraordinaire avec les personnes âgées et les malades. Il ne sera peut-être jamais un brillant prédicateur, mais il peut certainement être un bon prêtre. Dire cela ne dédouane pas les prêtres de chercher à progresser. Le curé d’Ars en est un bel exemple : naturellement peu doué pour les homélies, il y dépensait du temps et de l’énergie pour les préparer.

Ne demandons pas aux prêtres d’avoir tous le même profil et les mêmes compétences. Le prêtre est appelé à être pasteur. Et il peut l’être de bien des manières, comme nous le montre la diversité des saints. C’est justement ce qui fait la beauté du sacerdoce. N’attendons donc pas que les prêtres soient des couteaux-suisses aux multiples compétences : orateur, enseignant, communicant, administrateur, manager, entrepreneur, organisateur, médiateur, animateur, chanteur, réparateur, etc. Nous serions forcément déçus !

S’appuyer sur les compétences de chacun

L’exigence des fidèles à l’égard des prêtres est bonne et stimulante : elle les pousse à donner le meilleur d’eux-mêmes, à se former et à bien s’entourer. L’enjeu est de comprendre que la formation des prêtres n’est pas le seul levier à actionner. L’urgence est aussi à ce que la collaboration entre prêtres et laïcs puissent s’approfondir. 

L’Église n’a certainement pas terminé de réfléchir à l’articulation théologique entre le sacerdoce baptismal et le sacerdoce ministériel. Mais il y a sans doute aussi une complémentarité de compétence à travailler au cas par cas : permettre à chaque prêtre de déployer ses compétences et d’être soutenu dans ses domaines d’incompétence. Quelques exemples ? Les réunions du conseil pastoral peuvent être animées par un autre membre que le curé, pour faciliter l’écoute et la circulation de la parole. Des laïcs formés dans les ressources humaines peuvent être en charge d’organiser le suivi des bénévoles de la paroisse. Ceux qui ont les compétences théologiques requises peuvent enseigner davantage, par exemple au service des catéchumènes ou pour organiser la formation continue dans la paroisse.

Pour continuer la mission, il faut des prêtres épanouis. Pour continuer à permettre à des jeunes d’entendre l’appel, il faut des prêtres bien dans leurs baskets. Alors, soyons ambitieux et vivons à plein la complémentarité entre les laïcs et les prêtres, pour que chacun rayonne dans ses talents et les appels que Dieu lui a lancés. 

Père Jean-Baptiste Siboulet

Père Jean-Baptiste Siboulet

Diocèse de Nantes, ordonné en 2017, prêtre de la communauté de l’Emmanuel (emmanuel.info). Licencié en droit et en ecclésiologie/œcuménisme. En ministère à la paroisse Sainte-Madeleine de Nantes. Aime le piano, le rugby, l'auto-stop et la rando.

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