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L’euthanasie cachée

Publié le 16 Mar 2015 à 11:33 Éthique 2 commentaires

La nouvelle proposition de loi sur la fin de vie remet la question de l’euthanasie en débat. Face aux pressions des lobbys pro-euthanasie comme l’ADMD et d’une partie de sa majorité, le gouvernement n’a pas eu la prudence d’en rester à la loi Léonetti, certes imparfaite mais qui avait le mérite d’instituer un droit aux soins palliatifs. Soucieux de ne pas provoquer une nouvelle crise sociétale, il n’a pas voulu non plus brusquer l’opinion publique en imposant l’euthanasie ou le droit au suicide assisté. Habilement, la nouvelle loi ne mentionne pas le mot euthanasie, mais parle de « sédation profonde ». Que faut-il en penser ? Qu’avons nous à dire comme chrétiens ?

Une nouvelle loi inutile

Cette loi est inutile : l’urgence n’est pas de faire « un pas de plus » vers l’euthanasie mais bien d’appliquer ce que prévoit la loi précédente, à savoir les soins palliatifs pour tous. Eux seuls permettent de refuser à la fois l’euthanasie et l’acharnement thérapeutique. Il est légitime de prendre en charge la douleur du patient. Aujourd’hui, on sait le faire. Il est scandaleux que ces soins palliatifs ne soient pas accessibles à tous les malades en fin de vie, faute de moyens et de formation du personnel soignant. Les médecins le disent : quand la douleur est prise en charge, la demande d’euthanasie disparaît. En fait, les personnes ont besoin de se sentir accompagnées jusqu’au bout et qu’on les aide – elles et leur famille – à vivre ces derniers instants si précieux d’une vie.

Une nouvelle loi dangereuse

La sédation consiste à plonger le patient dans un coma profond. Elle peut être légitime s’il s’agit uniquement de soulager le patient d’une douleur réfractaire à tout autre soin palliatif, qu’on le fasse en dernier recours et que cette sédation soit réversible. C’est ce qu’on appelle « la sédation en phase terminale ».

La difficulté de cette nouvelle loi est qu’elle évoque une « sédation terminale » assez différente. Elle parle même d’un « droit à une sédation profonde et continue jusqu’au décès », qu’on pourrait réclamer dès que le pronostic vital est engagé, qui pourrait être irréversible et s’accompagner de l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation. Autrement dit, l’intention n’est plus de soulager mais bien de provoquer la mort. Une mort douce, sans douleur, mais certaine. Dans son avis du 6 mars 2015, l’Académie Nationale de Médecine ne s’y est pas trompée : derrière « cette interprétation erronée, abusive ou tendancieuse du terme sédation » se cache bien une « euthanasie active » ou un suicide assisté.

Un besoin de fraternité

Dans son rapport rendu fin 2014, le Comité Consultatif National d’Ethique soulignait « le scandale que constitue, depuis 15 ans, le non-accès aux droits reconnus par la loi, la situation d’abandon d’une immense majorité des personnes en fin de vie, et la fin de vie insupportable d’une très grande majorité de nos concitoyens».

Voilà un premier vrai sujet sur lequel les chrétiens ont à œuvrer : l’accompagnement des personnes en fin de vie, l’aide aux familles de ces personnes, le soutien du personnel soignant. Nous pressentons tous l’importance de ces moments ultimes. Nous comprenons la peur de la mort et plus encore celle de la souffrance. Comment admettre que des personnes vivent ces instants isolées, laissées à elles-mêmes ? Le progrès ne sera pas de supprimer la fin de vie ou le patient en fin de vie. Mais d’apprendre à vivre cette fin de vie. L’urgence est de développer cette solidarité intergénérationnelle pour que chacun puisse finir sa vie entouré, aimé, accompagné. Il y a une vraie fraternité à retrouver. Il y a aussi une aide à développer pour les proches et les familles qui ont à accompagner un des leurs. Souvent, ce sont ces familles qui n’en peuvent plus et veulent que « tout cela finisse ».

Un besoin d’espérance

Un deuxième sujet pour nous chrétiens est l’annonce d’une espérance qui éclaire d’un jour nouveau cette fin de vie. En effet, comment ne pas penser que le vide spirituel dans lequel se trouve l’Occident ne rend pas plus difficile l’approche de ces questions ? Comment accepter la mort, comment reconnaître le prix de la vie, même diminuée, comment accepter nos limites dans une vision matérialiste et sans espérance finale ?

Savoir que la mort – contrairement aux apparences – n’a pas le dernier mot, change tout. Se préparer à la mort, en sachant qu’on se prépare non au néant, non même à la fin, mais à une rencontre avec le Seigneur miséricordieux, change tout. La perspective de la vie éternelle modifie profondément notre regard et sur la mort, et sur la fin de vie.

Ces derniers instants sont aussi bien souvent le temps des pardons à demander ou à offrir, le temps des « au revoir » pleins de larmes et d’espérance, le temps des mercis, mais aussi le temps parfois d’un combat spirituel très fort, dans le secret du cœur, pour accueillir le don de Dieu, son pardon, sa promesse, sa paix. Il ne faut pas passer sous silence ces derniers moments, ni les cacher, ni les voler au patient, mais les vivre ensemble et les accompagner dans la prière. C’est la charité que nous devons à ceux qui s’apprêtent à nous quitter pour un temps. C’est aussi une façon d’aimer ce monde, si terrorisé face à la mort, que de lui transmettre «  l’espérance qui ne déçoit pas ».

Pour aller plus loin :

– Interview d’un médecin : l’euthanasie, une mauvaise réponse à des bonnes questions

– Vidéo sur les dérives de l’euthanasie : l’euthanasie, jusqu’où ?

À propos de l'auteur :

Abbé Grosjean

Abbé Grosjean

40 ans. Diocèse de Versailles. Ordonné prêtre en 2004. Curé de la paroisse de Saint-Cyr-l’École. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014) et "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016).